We Go on a Journey to the Center of the Earth

Vendredi 14 novembre (Jour 39)


Ce matin, nous allons nous balader un peu en ville et choisir une agence pour le tour dans les mines. J’ai décidé de passer outre mon potentiel malaise face à une réalité qui semble d’un autre temps.

Nous choisissons Koalas Travel. 100Bs = 11,50€

Nos critères de sélection:
– La visite est menée par un ancien mineur (Oscar, 41 ans, 22 ans de mines derrière lui et chef d’une équipe de mineurs).
– 2 accompagnants: si quelqu’un ne se sent pas bien, il pourra être raccompagné dehors sans gêner le groupe.
– Une partie de l’argent est reversée à la coopérative des mineurs (15%).

13h45, le ventre bien rempli d’un hamburger végé et d’une énoooorme part d’apple pie (35Bs = 4,11€), départ du centre ville en mini bus pour la mine en bordure de Potosi. Nous sommes 5, avec 3 autres français (un couple de 63 ans et leur fils).

Petit arrêt en cours de route pour s’équiper: pantalon, veste, frontale, bottes en caoutchouc.

La classe
La classe internationnale

 

Avant d’arriver à la mine, deuxième arrêt au marché des mineurs pour acheter des « cadeaux » aux hommes qui travaillent. On nous avait prévenues, c’est la tradition. Ces présents sont destinés aux mineurs que nous rencontrerons sur notre chemin: feuilles de coca, soda, eau, alcool, cigarettes, dynamite… ce qu’on veut.
Un sentiment mitigé m’envahit, entre « attrape-touriste, je t’oblige à acheter quelque chose », et « c’est la moindre des choses vu leurs conditions de vie ». Mais après tout, lorsque l’on est invité chez quelqu’un, on n’arrive pas les mains vides… Nous achetons 1 grande bouteille d’eau et des feuilles de coca. Et pour nous, un masque chacune pour nous protéger des gaz/poussières de la mine.

Au marché, Oscar nous montre un espèce de bidon blanc à anse, un de ceux qui pourrait contenir un produit ménager, bien rangé sous l’évier de la cuisine.
Il nous provoque un peu en nous demandant de boire. En regardant l’étiquette minimaliste on découvre « alcool 90° ». On se regarde tous un peu interloqués et refusons, pensant à une blague. Mais il se met alors à boire au goulot… OK, c’est comme ça qu’on tient le coup dans la mine…

On reprend le mini bus et arrivons à l’entrée de la mine: un tunnel qui s’enfonce dans le coeur du cerro, quelques habitations de tôles à proximité.

Entrée de la mine
Entrée de la mine

Avant de nous y engager, nous allons visiter un ingenio, une « usine » de traitement des minerais. Des gens travaillent, on découvre les machines et le process d’extraction, archaiques.

Séparation des minerais
Séparation des minerais

 

C'est de l'argent Mon Seigneur
C’est de l’argent Mon Seigneur

Et enfin, nous entrons dans les profondeurs de la terre par la mine Candelaria, une des plus anciennes du site qui date du 16e siècle.

Entrée de la mine
Entrée de la mine

La marche d’approche est assez facile, le tunnel est assez haut et large. Nous rencontrons très vite des mineurs qui terminent leur journée et cherchent la lumière.
Première réaction lorsqu’ils nous voient (après un « hola » fatigué): fouiller dans le sac de notre guide où sont rassemblés les cadeaux: razzia. Il ne nous reste pas grand chose.

On continue.
Nous atteignons la ramification d’origine, le tunnel se rétrécit – les hommes du 16è s. faisaient guère plus d’1m50 – merci le casque qui amortit les chocs à la tête.
Plus on avance, plus c’est suffoquant. Je ne sais pas si le masque aide ou renforce cette sensation. Je m’oblige à le garder.

On croise d’autres mineurs, autre razzia. Ils veulent de l’alcool mais nous n’en avons pas emmené. Nous voici à présent les mains vides. Les autres mineurs que nous croiserons seront déçus, je me sens un peu coupable de ne pas avoir acheter plus…

Nous allons à la rencontre du Tío, le dieu de la mine, compagnon de la Pachamama (la Terre). Il veille sur les mineurs qui le prient et lui font des offrandes. Un bidon similaire à celui aperçu sur le marché est là, notre guide verse un peu de son contenu par terre (offrande aux dieux/esprits) puis en boit une gorgée.

On avance encore.
Nous nous hissons dans une veine et allons à la rencontre de 2 mineurs qui remontent des énormes sacs de gravats situés 60m plus bas à l’aide d’un treuil de fortune. Aujourd’hui, ils auront manipulé plus de 45t de gravats.

On redescend et s’enfonce encore.
Nous apercevons des mineurs faire avancer des wagons dans une galerie; deux qui poussent, un qui tire à la corde devant. En quelle époque sommes-nous?

Nous croisons d’autres mineurs, certains complètement bourrés, d’autres qui plaisantent avec nous (« non je ne me marierai pas avec toi »). Tous ont des visages marqués. Le guide nous explique qu’ils ont besoin de l’alcool pour tenir sous terre, que ça leur donne des forces.

On progresse.
Cette fois nous nous mettons à ramper, littéralement. Mais comment font les gens pour travailler ici une dizaine d’heures par jour? En quelle époque sommes-nous?

On fait une pause.
Nous posons des questions au guide.
– 15000 personnes travaillaient dans la mine il y a encore 3 mois, ils sont à présent 7000 (je n’ai pas retenu/compris pourquoi cette baisse).
– Le salaire moyen d’un mineur débutant est de 30Bs = 3,52€ par jour.
– Il y a aussi bien des enfants que des vieillards qui travaillent (c’est d’ailleurs une fierté).
– Les mineurs sont organisés en coopérative et chacun doit lui reverser 15% de ses gains.
– Le plus gros acheteur de minerais est la Chine, pour la fabrication de composants électroniques ou autres (vous avez peut-être un peu de Potosí dans votre téléphone ou ordinateur!).
– Si un accident arrive dans la mine, aucun(e) dédomagement/pension n’est versé(e) à la famille. En général les mineurs se cotisent pour rassembler un petit pécule.
– Oscar refuse de parler d’accidents à l’intérieur de la mine et nous demande de garder nos questions plus détailées pour l’extérieur.
– De même, les femmes ne sont pas autorisées à travailler dans la mine. Le Tio voudrait les conquérir, ce qui mettrait en colère son officielle la Pachamama, qui provoquerait des accidents pour se venger. Bref, les femmes portent malheur.

 

Il est temps de faire demi tour et de remonter à la surface. Nous étions à 60m de profondeur.

Nous avons dû passer 1h30 sous terre, je n’ose imaginer le quotidien de ces hommes à enchainer les heures chaque jour.

A la sortie du tunnel le ciel est gris et pluvieux mais il me semble tout ce qu’il y a de plus lumineux. Je suis contente de retrouver cette lumière salutaire.

18h, nous sommes de retour en ville. Fin d’une journée riche en émotions!

 

I’m going under
Drowning in you
I’m falling forever
I’ve got to break through
I’m going under 

(merci Amy)

 

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