Wounded Sheep – New Zealand

Mercredi 22 avril 2015 (Jour 198)


Après la chèvre, voici le mouton.
Faute d’avoir rencontré des êtres humains – le voyage en camping car n’aidant pas – nous avons rencontré des animaux. Et ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre ;-).

4,5 millions de neo-zélandais peuplent l’archipel, archipel qu’ils partagent avec 30 millions de moutons (ils étaient 70 millions au début des années 80). Presque 7 moutons pour 1 habitant. Forcément, nous en avons aperçus beaucoup. Des poilus, des tondus, des bien peignés, des rastas, des blancs, quelques noirs, des énormes, des gros, de près, de loin.

 

Et les moutons neo-zélandais profitent très souvent d’une super vue, les petits chanceux.

Plein la vue pour les moutons! Péninsule Otago
Plein la vue pour les moutons! Péninsule Otago

Mais revenons à notre mouton (un ami de Rabelais). Un gros mouton blanc rasta que j’ai vu de près. Très près. Un qui m’a imprégnée de son odeur. Un qui m’a marquée. Une brebis.

 

\Garder les yeux ouverts
Nous roulions dans la campagne de la région des Catlins en direction du Catlins River Track. La route longeait un cours d’eau et nous étions sur le point de traverser un pont. J’ai alors aperçu dans le pré en contrebas de la route un mouton qui ne semblait pas dans une position confortable. Il était tout seul alors que tous les autres moutons étaient au loin dans le pré. Et un mouton, c’est grégaire. S’il est loin de ses copains, c’est suspicieux.

Je me suis arrêtée sur le bas-côté pour confirmer ma vision: un mouton semble effectivement en mauvaise posture, embourbé dans ce cours d’eau marécageux.

Le piège à moutons
Le piège à moutons (il n’y a pas de mouton sur cette photo)

Comment aider ce mouton alors qu’une clôture et une rivière nous séparent de lui? Alors que Ptit brie reste près du van, je longe le bord de la route jusqu’au pont pour voir s’il y aurait un passage. Il n’y en a pas, mais le barbelé est plus facilement franchissable là où commence la construction du pont. Et le cours d’eau en contrebas est presque asséché, un peu boueux. Je remarque des traces de passage de moutons. Je marche dans leurs traces pour passer de l’autre côté du rivage. Etape 1 accomplie.

 

\Premiers secours
Je me dirige vers le mouton en détresse, qui se débat un peu lorsqu’il me voit arriver, mais pas bien longtemps, le pauvre est bien trop épuisé. Il doit être coincé depuis pas mal de temps. Ses pattes avant sont pratiquement hors de l’eau, près du rivage, mais ses pattes arrière doivent être emprisonnées par la végétation aquatique. Ca plus le rivage instable, impossible pour lui de s’extirper.

Il se laisse rapidement faire lorsque j’essaie de l’alpaguer. Je parviens à l’attraper sous les aisselles (ça se dit ‘aisselles’ pour un mouton?) et tire de toutes mes forces mais il ne bouge pas vraiment. La moitié arrière de son corps est immergée dans l’eau. La terre est meuble, ça glisse. Et Gros Mouton Laineux ne s’est pas rasé depuis longtemps, la laine imbibée d’eau, c’est lourd.  OK, il va falloir se mouiller!

Je me déshabille et me rapproche de l’eau, pieds nus. J’enfouis les mains dans ce marécage d’herbes (yerk): effectivement ses pattes arrière sont retenues par la végétation. J’essaie de l’en défaire mais sans grand succès (et c’est dégueu, je ne vois pas où je mets mes mains).
Le côté positif de ces herbes, c’est qu’elles constituent un tapis vert qui me permet de me rapprocher du mouton sans trop m’enfoncer dans l’eau. Meilleure prise sur le mouton, j’arrive à le faire bouger. Mais le pauvre semble complètement désabusé. Attends mouton, on ne baisse pas les bras pattes comme ça!

Après plusieurs essais, je parviens à hisser sur la berge un mouton inerte. Etape 2 accomplie \o/.

 

\Premiers secours
Après quelques instants le mouton essaie vainement de se relever mais il est épuisé. Il reste au sol, incapable de se mouvoir :-(. Je m’attèle à le ‘réanimer’. Je retourne le pauvre bougre dans tous les sens: sur le dos, à droite, à gauche. Il se laisse complètement faire, un vrai pantin tremblant. Je l’essore (tu as déjà essoré un mouton? Ca fait penser à des chaussettes de grand-mère). Je lui fais pédaler les pattes, les quatre fers en l’air, pour faire circuler le sang. Il est en hypothermie, le corps froid, les gencives blanches.

Un coup d’oeil aux alentours: nous sommes au milieu de nulle part, pas de ferme en vue pour prévenir le propriétaire, et aucun véhicule à l’horizon depuis notre arrivée.

J’essaie de remettre l’éclopé sur pattes, mais trop frêle il s’effondre. Re-belotte, je l’essore, le fais pédaler, le frictionne.
Ptit Brie me rassure en me disant qu’il faut lui laisser le temps de reprendre des forces. Je me résigne et m’éloigne un peu. Mais je reviens à la charge. Je me suis mouillée pour toi mouton, lève toi et marche! Nouvelle tentative. Essorer, pédaler, frictionner.

C’est alors qu’un 4×4 passe sur la route. Je le hèle pour qu’il s’arrête. Le monsieur me lance un « Are you OK? ». Je lui demande s’il connait le propriétaire de ce mouton et où on peut le trouver. Il me répond qu’il appartient à la ferme un peu plus loin mais qu’il n’y a personne en ce moment. Je n’ai qu’à laisser l’animal ici, il se débrouillera.

Je réalise alors que je suis au milieu d’un pré, mon pantalon à la main, un mouton agonisant à mes pieds. Je comprends mieux le « Are you OK? » de ce monsieur… Vu du haut de la route, cette fille en culotte et ce mouton inerte, ça doit susciter l’interrogation… Il a du me prendre pour une illuminée.
En tout cas il ne fut d’aucune aide, mais en même temps, qu’aurait-il pu faire? Se mettre à faire la danse du mouton réanimé en slip au milieu du pré?…

 

\Droit comme un I
Alors que je me rhabille, Gros Mouton Laineux fait une tentative pour se redresser mais retombe à genoux (ça se dit ‘genoux’ pour un mouton?). Au moins il essaie, il y a du mieux. Je l’active encore un peu.

En action. Sauvons le mouton!
En action. Sauvons le mouton!

Puis je m’éloigne à nouveau. Up to you maintenant Mouton.
C’est le moment qu’il choisit pour se relever, et cette fois rester sur ses pattes \o/. Il s’éloigne de quelques mètres puis s’arrête et me regarde. Je crois bien qu’il me dit merci du fond de son petit coeur réchauffé.
Etape 3 accomplie.

Un mouton sain et sauf (for now)
Un mouton sain et sauf (for now)

Mission accomplie! Même si irrémédiablement ce mouton finira sur le dos ou dans l’assiette de quelqu’un…

 

Somebody save me
Let your warm hands break right through it
Somebody save me
I don’t care how you do it, just stay, stay
C’mon, I’ve been waiting for you

(merci Remy)

 

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