Back to the Future

Le premier matin du reste de ma vie

Lundi 23 et mardi 24 mai 2016 (J595-596)


Le temps n’a pas de valeur lorsqu’on voyage. Les week-ends n’existent pas, les réveils n’existent pas, les dates n’existent pas. Mais il est temps de le faire cet article « retour de voyage », non? Plus de 8 mois après. HUIT MOIS. 8, c’est l’infini qui se redresse, comme pour me dire « oh oh! ça y est t’es rentrée. » Back to reality. Fin de la parenthèse ouatée.

Dans un prochain article je parlerai de comment je pensais que le voyage ne m’avait pas vraiment changée, mais en fait à y regarder de plus près, si un peu quand même.
Aujourd’hui, on fait juste un rewind au sortir de la )

 

\Tête en l’air

Un soir de mai 2016, un avion m’attend pour rentrer en France.
Mon bienveillant ami Claudio qui vit à Singapour et qui m’a offert un sas de décompression avant le retour a la bonne idée de me faire boire du vin blanc avant de me confier au taxi m’emmenant à l’aéroport. Comme ça, ni vu ni connu je t’embrouille. Merci ami bien pensant, cette sensation de petit flottement est parfaite dans ma situation. Je glisse dans la nuit telle une lettre à la Poste (?).

Check-in à l’aéroport de Singapour: 19,1kg sur la balance. Ma maison est lourde.

Vol Asie-Europe: je regarde un film super nul, je dors, j’écris, je dors, j’ai mal au cou, je dors.

Arrivée à Helsinki au petit matin, le survol à basse altitude est conforme au cliché: des connifères à perte de vue, des maisons aux toits rouges, quelques cours d’eau qui serpentent… Je me dis que je visiterais bien la Finlande.
Je pense Voyage alors que je suis sur le retour, on est mal barré.

Embarquement pour mon deuxième vol: on me parle en français. Etrangeté dans mes oreilles. La France est à un vol. Destination finale.
3h plus tard, j’atterris à Nice. La mer, la ligne des bâtiments, les palmiers, les montagnes en toile de fond. Je souris. Je connais ce paysage. Néanmoins, l’étrangeté persiste.

 

\Pied à terre

Je débarque de l’avion et quelques larmes montent. Nostalgie, mélancolie, allégresse… je ne sais pas, je me sens anesthésiée. Je suis chez moi mais je me sens apatride. Weird.

J’attends mon bagage.
Mais pourquoi tous ces gens autour de moi parlent français? Et pourquoi sont-ils aussi guindés? Parce que c’est la Côte d’Azur? Non, en fait ils sont habillés normalement, il faut juste que je réactive mes repères occidentaux.
Mais pourquoi des militaires patrouillent dans l’aéroport? Parce que je suis de retour dans une France marquée par les attentats. Ouch. Back to reality.
Et ce silence… je ne suis plus habituée au silence…

Je remets ma maison sur mon dos. Elle m’accompagne pour la dernière fois. Bientôt je l’éventrerai et la disperserai au milieu de mes possessions ‘d’avant’.

Je marche vers l’arrêt de bus. Il fait bon, presque chaud avec ma vingtaine de kilos sur le dos. Je ne voulais pas qu’on vienne me chercher à l’aéroport. J’ai envie d’un retour en douceur, solitaire, sans mots ni questions.

Les quelques centaines de mètres qui me séparent de l’arrêt me font tiquer. Un trajet banal en soi mais au vu des 20 mois que je viens de passer, pas tant que ça. Ma grille de lecture du banal/normal a quelque peu évolué. Je sais que cette sensation fresh eye va s’estomper avec le temps. Je sais que le familier d’autrefois le sera à nouveau demain. Pour l’instant, j’accueille avec amusement cette sensation et j’espère que le demain où je retomberai en familiarité arrivera après après-demain. Il est toujours bon de poser un regard neuf sur ce qui nous entoure.

OK. Ne dévions pas du chemin vers l’arrêt de bus. Quelle est cette banalité pas si banale qui bientôt sera à nouveau banale as boring et familière as fuck? Je marche sur un trottoir! Un trottoir sans trous! Un trottoir sans encombres! Wahou! Dois-je rappeler que je viens de passer 10 mois en Asie? Un trottoir: THIS is progress, guys.
J’aperçois aussi quelques motos et scooters garés – pas sur le trottoir \o/ – tous sécurisés avec antivols, évidemment. Evidemment? Ben non, ça aussi ça me fait tiquer. En Asie, le deux-roues est partout. Genre un parking à vélos amstellodamois en heure de pointe partout. Pourtant, AUCUN antivol (en Asie, pas en Amsterdamie). Je me dis qu’on vit quand même dans une drôle de société de ce côté de la planète. Un côté où il faut posséder, où il faut protéger ce qu’on possède, où il faut se méfier de l’autre pour protéger ce qu’on possède. Pourquoi dans d’autres sociétés considérées comme moins riches – au sens littéral du terme en tout cas – les choses semblent plus simples? Parce qu’on se fait plus confiance? Parce qu’on accorde moins d’importance à l’argent? Parce qu’on regarde moins le pré carré du voisin? Parce qu’on considère le matériel comme un moyen et non une fin? Who knows.

C’est fou ce que quelques pas peuvent nous emmener à dix mille, hein? 😉

Je passe les 50 min de bus à regarder par la fenêtre. La vie au ralenti m’interpelle. Sans doute l’effet de l’anesthésie, sans doute aussi le contraste avec cette Asie qui grouille en permanence. Je suis frappée par les ‘vieilles pierres’, des maisons tout à fait normales en fait, mais cela fait presque 2 ans que je n’ai pas vu le Vieux Continent.
Je suis également frappée par les successions de petits commerces: ici une boulangerie ou une boucherie, là un tabac ou un coiffeur. C’est croquignolet.
J’aperçois sur les hauteurs au loin un village médiéval. Je me dis que quand même la France est belle et que le Vieux a de la culture.
J’observe les mouettes.
Je me sens comme un lapin dans les phares d’une voiture.

J’arrive à mon point de chute à l’heure du déjeuner. Ptit Brie m’a laissé son appart, elle est partie en vacances pour 2 semaines. Arrivée. Je fais quoi moi maintenant? Il n’y a pas de next, et c’est perturbant.

Je m’assois dans un coin. Je charge mon téléphone. Je tchate avec quelques amis. Je tourne en rond dans ma tête et un peu aussi dans mes baskets.

Je vais jusqu’à la boulangerie acheter du pain et un chausson aux pommes. Toute française qui se respecte va à la boulangerie, non? C’est bizarre de parler français. Céline Dion passe à la radio. Je souris. Je chante dans ma tête.

Et maintenant? Que vais-je faire? Que sera ma vie (Gilbert, sors de ce corps)?
Aller courir? J’ai besoin d’évacuer mais mes jambes ressentent les heures de vol.

Je descends à la cave chercher quelques cartons de ma vie d’avant. Mes affaires se rappellent à moi, je redécouvre des trucs que j’avais oubliés. Je me demande comment une seule personne peut posséder autant de sous-vêtements. Je me demande comment une seule personne peut posséder autant tout court. Toutes mes affaires tiennent dans une dizaine de cartons mais c’est trop.
Pas d’excitation dans tout ce déballage, contrairement à ce que j’imaginais lorsque j’étais loin. Là maintenant, je trouve le minimalisme de mon sac-à-dos réconfortant. Mon doudou à moi. J’attendrai d’ailleurs plus d’une semaine pour l’éventrer et le disperser au milieu de ces autres possessions qui ne m’ont finalement pas manqué, comme pour ne pas effacer le voyage…

Je vais au lit. Je regarde une série, un autre doudou. Je ne me rappelle pas la dernière fois où j’ai été plongée dans une pénombre complète pour la nuit. Je souris. C’est agréable de sentir le poids de la couette sur soi. Je souris.

C’est la ouate que je préfère.

 

Toutes ces nuits, pourquoi, pour qui
Et ce matin qui revient pour rien
Ce coeœur qui bat, pour qui, pourquoi
Qui bat trop fort, trop fort

(merci Gilbert)

 

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Une réflexion sur “Back to the Future

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