Back to the Present

Back to the present

Je vous ai raconté le jour de mon retour en France après plus d’un an et demi « loin des yeux, loin du coeur ». Mais, que s’est-il passé dans ma vie depuis mon retour fin mai 2016?

 

\ Théorie

Lorsque je suis partie, en octobre 2014, j’étais censée rentrer fin septembre 2015, mais je savais déjà au fond de moi que je ne respecterais pas cette date. Contrairement à Ptit Brie, mon acolyte des débuts, qui elle se devait de rentrer de son année sabbatique pour retrouver son job, moi rien ne m’attendait. Pas d’échéance. Et même si pendant une courte période de mon périple j’ai envisagé un mode de vie nomade, ça n’a pas duré. Je savais donc que le voyage aurait une fin, et j’avais un super plan en tête pour préparer l’Après:

Je terminerai mon voyage aux Philippines (dans mon top 3 des pays à visiter), je me prendrai un petit cabanon en bord de plage, avec une bonne connexion wifi, et je passerai le mois précédant mon retour en France à chercher du boulot. Super plan!

Je ne suis jamais allée aux Philippines. Et même si j’ai tenté quelques recherches de jobs à distance, je ne savais pas vraiment quoi chercher, ce qui compliquait un touuuut petit peu les recherches (remise en question quand tu nous tiens). Et mon coeur n’était pas à l’ouvrage, il était au voyage.

 

\ Pratique

Si vous vous rappelez bien, mon retour en France a quelque peu été décidé sur un coup de tête. Rien ne m’empêchait de poursuivre mon voyage, il me restait encore quelques mois de budget pour continuer, voire même 1 an (Asia is cheap!). Mais je n’avais plus l’envie. Je ressentais un certain immobilisme. Je ne voulais pas rentrer, mais je ne voulais plus voyager. C’est pour ça que j’ai décidé de revenir sans accomplir mon plan infaillible (ça tombe bien, il a failli). Je ne voulais pas finir comme ces gens que je croisais parfois sur mon chemin, un peu hippies/roots, un peu cracras, un peu/beaucoup déconnectés, un peu en fuite d’un je-ne-sais-quoi d’invisible mais pesant. Si ça convenait à certains, je savais que ça ne me pouvait me convenir à moi.

Une certaine pression sociale s’est sans doute également immiscée dans ma réflexion: 20 mois passe encore, mais 24, c’est trop. 2 ANS! Le trou sur le CV commence à se voir. Comment justifier ces mois « sans rien faire »? Comment retrouver ses capacités professionnelles? Comment reprendre goût à une vie de bureau et à un train-train sédentaire?
=> Retour France

(Ah ah ah je ne savais pas encore que je n’allais pas reprendre d’activité professionnelle)

Morale de l’histoire: ne pas tirer sur les comètes. Laisser les comètes tranquilles.

 

\ Ellipse et distension

Aujourd’hui, avec ces presque 1 an de recul (aïe), je ne saurais dire si j’ai bien ou mal vécu mon retour. Les premières semaines se sont plutôt bien passées, contre toute attente. Moi qui m’imaginais me tapir au fond d’une grotte en attendant que ‘ça’ passe, que je me ‘réajuste’, il n’en fût rien. Sans doute à cause de cette période de réajustement où un petit vent de fraîcheur souffle sur ta vie. Où le connu est un inconnu. Puis la brume chasse la brise. La perfide refait place au commun. Et toi, tu as beau vouloir sentir la caresse de la brise dans ton cou, il est trop tard, tu as enfilé un cache-col. Comme ça. Ni vu ni connu je t’embrouille.

Et le temps, on en parle du temps? Le temps passe. Ce fameux temps qui n’a pas de prise par là-bas est le régent de nos vies par ici. Le temps tout-puissant. Je n’arrive pas à croire que cela fait 10 mois que je suis rentrée. J’ai l’impression que c’était hier. Un hier qui a un goût d’éternité (et de reviens-y).

 

\ Du concret, entre hier et l’éternité

Le Pro:

J’ai vécu Pôle Emploi et le RSA: le cliché de l’Administration française.

J’ai  fait un bilan de compétences. Orchestré par Pôle Emploi, il ne m’a été aussi profitable que j’aurais voulu, mais c’est toujours ça de pris.

Je me suis posé beaucoup de questions sur mon avenir professionnel.

J’ai retravaillé mon CV.

J’ai réalisé que vouloir se reconvertir professionnellement n’était pas chose aisée, ni souvent comprise.

J’ai découvert que j’étais fichée en « grande difficulté sociale » par Pôle Emploi, parce que oui, RSA = cassos.

J’ai vécu le jugement des « tu fais rien de tes journées », « tu pourrais travailler si tu le voulais », « mais qu’est-ce que tu fais? ».

J’ai découvert l’Economie Sociale et Solidaire (ESS). J’ai passé beaucoup de temps à faire des recherches sur le sujet, j’ai assisté à des sessions d’informations et des conférences. C’est galvanisant de voir tous ces gens essayer d’avoir un impact positif sur ce monde.

Idem pour le Canada: prise d’infos, réunions, salons, … Ca approche!

Je me suis surprise à suivre les conversations ‘boulot’ de mes amis-anciens collègues: rassurant ET déprimant.

Je me suis demandé si chercher un job dans ma branche initiale ne me faciliterait pas grandement la vie (si). J’ai passé quelques entretiens, où j’étais tout sauf convaincante. Pour l’instant j’assume ma décision de vouloir mettre plus de sens dans mon activité professionnelle. On verra si ça évolue lorsque je serai au Canada.

Ce que je disais ici est toujours vrai.

 

Le quotidien:

J’ai été contente de revoir les paysages français.

J’ai mesuré ma chance d’être française (merci le RSA, merci la CMU).

J’ai vécu le squat, le house et le cat-sitting, entre la Côte d’Azur, Paris et ma Corrèze natale. Avec 430€ par mois, tu ne paies pas un loyer.

J’ai adoré pouvoir boire de l’eau et me laver les mains où et quand je voulais.

J’ai continué d’enlever mes chaussures en arrivant quelque part, et de m’assoir par-terre. Puis ça m’a passé.

De quel côté de la route roule t-on en France? Je me le suis longtemps demandé, à chaque fois que je prenais la voiture. (je n’ai causé aucun accident \o/)

J’ai noté à quel point le paysage musical radiophonique français était formatté. TOUJOURS les mêmes chansons. Et on en parle de ces artistes francophones qui m’ont fait saigner les oreilles (looking at you Maître Gims, Frero Delavega, Vincent Niclo, Christophe Maé …)?!

J’ai évité les grandes surfaces et les centres commerciaux. Trop de gens, trop de consumérisme.

J’ai découvert Antoine Griezmann (Euro) et Simone Biles (JO). Le sport a émoustillé ma foi en l’humanité: l’effervescence, le dépassement de soi, l’unisson. Mais pourquoi uniquement dans le sport? N’y a t-il d’autres sujets qui méritent de fédérer?

J’ai été interpellée par tous ces SDF et réfugiés qu’on laisse sur nos trotttoirs. Pourquoi la pauvreté existe-elle en France? Pourquoi un tel contraste?

J’ai mesuré les stigmates des attentats. J’ai vécu celui de Nice.

J’ai évité de regarder/écouter les Informations.

J’ai trouvé que tous les gens dans la télé avaient pris un coup de vieux (peut-être que moi aussi du coup?).

J’ai passé des heures à regarder des documentaires voyage et animaliers.

Pourquoi Cyril Hanouna? Ma foi en l’humanité a été ébranlée.

J’ai été choquée par toutes ces merdes de chiens que l’on peut croiser en ville (et à la télé aussi apparemment) (les merdes). La propreté et le civisme ne méritent-ils pas de courber un peu l’échine?

J’ai réalisé combien il était difficile d’être végétarien en France, et à quel point certains sont ignorants mais sooooooo judgmental.

J’ai été ravie de voir que la question du bien-être animal est peu à peu abordée dans les medias.

Je suis allée au ciné, au théâtre, à des concerts et des festivals. Vive la confiture.

J’ai eu des vraies conversations, de celles qui comptent avec des gens qui comptent.

J’ai remarqué que les gens sont pris dans leurs vies et qu’ils n’en ont rien à foutre de la tienne. Passé le standard « Quel est le pays que tu as préféré? » et « Tu ne t’es jamais sentie en insécurité? », nada (et ça me va).

J’ai eu envie de repartir.

J’ai observé qu’il est vital de questionner l’évidence.

 

Combien de farces, combien de frasques
Combien de traces, combien de masques
Avons-nous laissé là-bas

(merci Frero Delavega)

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